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ETIENNE TRAORÉ : « EVITONS DE RENDRE NOTRE PAYS INGOUVERNABLE ! »

ETIENNE TRAORÉ : « EVITONS DE RENDRE NOTRE PAYS INGOUVERNABLE ! »

sindy Samandoulougou

janvier 2nd, 2015

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Le Pr Etienne Traoré, homme politique et enseignant de philosophie politique à l’Université de Ouagadougou, a formulé ses voeux pour l’année 2015. Des propos dignes d’intérêt  dont voici l’intégralité. 

Pour 2015, je formule pour notre peuple un seul voeu : évitons, même si nous avons d’intéressantes raisons, de rendre notre pays ingouvernable, donnant ainsi raison à Blaise Compaoré qui se disait être le seul garant de la stabilité politique dans notre pays et dans la sous-région.

Je m’en inquiète à deux niveaux : un certain populisme (initié malheureusement par notre Premier Ministre) existe et qui veut que même après l’insurrection populaire ayant abouti à la mise en place de nouvelles Institutions Républicaines, ce soit la rue assez impatiente qui veuille gouverner; ensuite une certaine tendance qui veut nous orienter vers un parlement éclaté au profit des partis et des individus, au détriment d’un parlement de majorité stable, seule source d’Institutions stables et fortes.

Je précise par avance que pour moi, seul l’intérêt supérier de la Nation prévaut et que je préfère ne point être député du tout que d’être député dans un parlement ingouvernable et cause d’instabilité politique de mon pays.

« Je sais que Blaise n’est pas un enfant de choeur et qu’il pourrait bien jouer le rôle du lépreux qui ne sait pas traîre la vache mais sait renverser la calebasse de lait »

S’agissant de la menace d’ingouvernabilité, elle existe quand on voit les multiples contestations de responsables politiques et administratifs se poursuivre, on ne sait pas jusqu’à quand.

Si je suis d’accord avec certaines d’entre elles( Sagnon, Djiguemdé et certains autres DG), je crains fort que des compatriotes croyant n’exister que par une contestation radicale et de rue, ne finissent par déstabiliser des ministères auxquels nous demandons tant de résultats en si peu de temps; ne finissent par faire croire à notre peuple que tout est comme avant, ce qui serait un grossier mensonge, au regard des actes déjà posés et des engagements pris sur un avenir immédiat.

Et enfin je crains que telles attitudes persistantes n’obligent la Transition à utiliser la violence, chose qui mettrait fin à notre processus de changement révolutionnaire et ferait le lit d’un éventuel retour des Blaisistes camouflés ici et en Côte d’Ivoire, la haine et l’esprit revanchard tenaces. Je sais que Blaise n’est pas un enfant de choeur et qu’il pourrait bien jouer le rôle du lépreux qui ne sait pas traîre la vache mais sait renverser la calebasse de lait.

Personne des gouvernants d’aujourd’hui et de demain ne devrait l’oublier. Alors, entre compagnons de lutte, soyons plus constructifs dans nos critiques. Ce ne sont pas des paroles d’un opportuniste mais d’un de vos compatriotes lucides même si sur bien des plans il n’est pas satisfait de ce qui se passe.

S’agissant des élections à venir et sur lesquelles je mexprimerai très bientôt, j’attire l’attention de mes compatriotes que le cumul de la présidentielle et des législatives avantage les partis et les candidats indépendants pouvant engendrer une Assemblée Nationale si écartelée qu’elle ne permette une majorité de gouvernance et de réformes.

Au contact des partis politiques, je vous assure que nombre d’entre eux, et surtout les plus faibles sont pour cette solution de cumul des législatives et présidentielles.

« Merci à la jeunesse pour cet héroïsme dans la lutte, mais je lui demande de rester vigilante pour preserver les acquis et ne pas se rendre complice d’une contre- révolution réelle ou d’une autre vaine révolution de ceux qui se sont, dès le début de cette lutte finale, démarqués en disant que c’était  » une lutte entre politiciens ». Et ça je vous prie de ne jamais l’oublier »

Pour eux, l’essentiel, cest d’être au Parlement, peu importe la gouvernabilité du Parlement : donc interêts partisans avant l’intérêt national. Certains poussent leurs intérêts partisans au point de dire ceci : si vous faites l’élection présidentielle avant, le Président élu vous oubliera aux législatives au profit de ses amis.

Alors que si ces élections sont couplées, chaque parti posera, carte sur table, les conditions immédiates de son soutien à tel ou tel présidentiable : encore une fois, les intérêts partisans priment et peuvent effectivement nous amener à de combinaisons telles, que nous nous retrouvions avec une Assemblée nationale sans majorité claire, stable et aux chantages interminables!

Voilà pourquoi, pour des raisons d’intérêt national, au-dessus des intérêts partisans et particuliers, tous peu patriotiques, je préfère que la présidentielle soit découplée des législatives pour une stabilité des Institutions au détriment d’intérêts partisans et particuliers. Je dis à ceux qui craignent un nouveau touk guili qu’il n’en sera rien au regard des forces politiques en présence.

Je rappelle enfin que nous sommes dans une situation de Révolution inachevée car la rupture institutionnelle avec l’ancien Régime qu’exigeait une révolution achevée n’a pas eu lieu, ce qu’exprime la notion d’inclusion inscrite dans la Charte et imposée par nos forces morales nationales et la « Communauté Internationale ».

Alors, nous sommes contraints, à la différence de mes propres convictions, d’en tenir compte, même si ça ne nous plaît pas!

Merci à la jeunesse pour cet héroïsme dans la lutte, mais je lui demande de rester vigilante pour preserver les acquis et ne pas se rendre complice d’une contre- révolution réelle ou d’une autre vaine révolution de ceux qui se sont, dès le début de cette lutte finale, démarqués en disant que c’était  » une lutte entre politiciens ». Et ça je vous prie de ne jamais l’oublier.

Bonne année 2015 à tous dans la consolidation de nos acquis contre la contre-révolution, la pseudo-révolution et nos propres dérives d’appréciations. Merci à tous et pardon à tous ceux qui se seront meurtris par mes propos car je ne suis pas méchant et peut me tromper.

Que Dieu continue de bénir notre pays!

Etienne Traoré

Université de Ouagadougou, le 31 décembre 2014

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